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Turquie : Les fils des ministres de Tayyip Erdogan mouillent dans la corruption

La police turque a placé en garde à vue mardi 17 décembre trois fils de trois ministres dans le cadre d’une vaste enquête pour corruption, un coup de filet considéré comme le nouvel épisode de la guerre engagée entre le gouvernement et une

puissante confrérie musulmane. Sur ordre du procureur d’Istanbul, plusieurs dizaines d’agents de la direction des finances de la sûreté nationale ont interpellé à l’aube dans la mégapole turque Istambul et dans la capitale Ankara au moins 49 personnes soupçonnées de corruption active, de blanchiment d’argent et fraude en lien avec une série d’appels d’offres publics pour la construction de logements sociaux, a indiqué la chaîne d’information CNN-Türk.Parmi les suspects aussitôt placés en garde à vue figurent le PDG de la grande banque publique Halk Bankasi, Süleyman Aslan, le magnat des travaux publics Ali Agaoglu et plusieurs hommes d’affaires connus dans le secteur de la construction immobilière, en plein essor en Turquie, ont précisé les médias.Agaoglu Group et Halkbank objets d’investigationsL’opération à grande échelle de ce mardi, lancée par le bureau du procureur en chef d’Istanbul, a consisté en trois enquêtes différentes. Les bureaux de l’une des plus grandes banques turques, Halkbank, ont été fouillés, ainsi que le siège social de l’entreprise Agaoglu Group, dirigée par le grand homme d’affaires Ali Agaoglu. «Cette enquête est liée à des accusations de corruption contre certains fonctionnaires. L’entreprise a été fouillée dès l’aube mais aucune preuve d’infraction pénale n’a été retrouvée», était-il écrit dans le communiqué d’Agaoglu Group, peu de temps après l’opération.La troisième enquête s’est focalisée sur le maire du quartier Fatih à Istanbul et les trois fils des ministres cités plus haut. La situation eu son effet sur les marchés turcs puisque le principal indice boursier a vu une diminution de 2 %. Selon certaines sources, les suspects ont été accusés d’«accorder la citoyenneté à des étrangers par l’intermédiaire de pots-de-vin», «de transferts d’argent louches» ou encore «de trucages d’offre et de fraudes».Cette nouvelle affaire de corruption, toujours endémique dans le pays, a pris une tournure très politique à l’annonce de la présence, parmi les personnes interpellées, des fils des ministres de l’Intérieur Muammer Güler, de l’Economie Zafer Caglayan et de l’Environnement Erdogan Bayraktar.La police a refusé de faire le moindre commentaire sur cette opération, pas plus que le gouverneur d’Istanbul, Hüseyin Avni Mutlu.Mais de nombreux observateurs ont eu vite fait de l’attribuer au conflit désormais ouvert qui oppose depuis plusieurs semaines le Premier ministre islamo-conservateur Recep Tayyip Erdogan à la très influente organisation du prédicateur musulman Fetullah Gülen.M. Erdogan lui-même a apporté de l’eau au moulin de ces spéculations en dénonçant, à l’occasion d’une visite à Konya (centre), les « menaces » et les « alliances nauséabondes », sans toutefois faire explicitement référence au raid de la police.Jusque-là soutien indéfectible du gouvernement qui tient les rênes du pouvoir depuis 2002, la confrérie de M. Gülen, qui vit aux Etats-Unis, est entrée en conflit avec le pouvoir autour d’un projet de supprimer les écoles de soutien privées, dont elle est l’une des principales propriétaires dans le pays.Le mouvement « hizmet » (service) est à la tête d’un puissant réseau d’écoles qui diffusent la culture turque à travers le monde, soutenu par des chaînes de télévision et le quotidien le plus vendu de Turquie « Zaman ». Il revendique aujourd’hui plusieurs millions de partisans et des relais influents dans les affaires, la police et la magistrature turques.Cette bataille a mis au jour des fractures inédites au sein de la coalition au pouvoir qui, à quatre mois des élections municipales, menacent la position de M. Erdogan, déjà fragilisé par les critiques qui ont accompagné la fronde antigouvernementale de juin dernier.Après un autre de ses collègues exclu pour avoir critiqué le gouvernement, le député de l’AKP et ancien joueur de football de renom Hakan Sukur a annoncé lundi soir sa démission du parti au pouvoir. « L’attitude déraisonnable adoptée sur la question des écoles de soutien a heurté la conscience de nombreuses personnes », a-t-il déploré.Annoncée largement battue au prochain scrutin local, l’opposition s’est saisie de l’opération de mardi pour critiquer le pouvoir.Une grande enquête commencée il y a un anL’enquête a commencé il y a un an lorsque le bureau contre la contrebande et le crime organisé du Département de police nationale (KOM) a reçu une lettre dans laquelle il était expliqué que des terrains sur lesquels les municipalités d’Istanbul avaient interdit de construire avaient été ouverts à la construction par le ministère de l’Environnement et de l’Urbanisation. La lettre révélait également que des bureaucrates de haut niveau ainsi que des proches de ministres et d’industriels avaient fait de gros profits grâce à cette opération.La KOM a ensuite transféré la lettre à la Direction des enquêtes du département financier de la police, qui a alors procédé à des écoutes téléphoniques et les informations recueillies ont été partagées avec les procureurs qui supervisaient l’enquête. Le directeur général du ministère de l’Environnement et de l’Urbanisation, Mehmet Ali Kahraman, le conseiller de Bayraktar, Sadik Soylu, les adjoints exécutifs de Çaglayan, Mustafa Behçet Kaynar et Onur Kaya, ont également été arrêtés.Des sources de sécurité ont également déclaré que le mari iranien de la célèbre chanteuse turque Ebru Gündes, Sarraf, avait été notamment accusé d’avoir obtenu la nationalité turque pour différents étrangers en échange de pots-de-vin aux fils des ministres turcs. Le vice-président du groupe parlementaire du CHP, Engin Altay, a demandé au Premier ministre de s’exprimer dès que possible sur cette affaire et l’a appelé à démissionner.Recep Tayyip Erdogan réagit Le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan a qualifié mercredi 18 décembre de « sale opération » dirigée contre son gouvernement l’enquête judiciaire engagée contre certains de ses proches soupçonnés de corruption, dont les fils de trois de ses ministres.« Une sale opération est en cours (…) Nous n’accepterons pas ces manipulations politiques », a déclaré M. Erdogan lors d’une conférence de presse à Ankara avec le Premier ministre hongrois Viktor Orban.La déclaration est d’autant plus étonnante que le porte-parole du gouvernement turc avait déclaré dans l’après-midi que le pouvoir respecterait la procédure. « Nous respecterons toujours la décision de la justice et en aucun cas nous n’interviendrons », a souligné M. Arinç qui est aussi vice-Premier ministre, confirmant que 51 personnes étaient toujours en garde à vue dans le cadre de cette enquête.Avec agences

Source: www.1001infos.ne publié le 18 décembre 2013

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